Je me réveille très tôt en ce moment, vers 4h00, mais c’est aussi parce que je me couche tôt, j’ai mon compte de sommeil.

Je m’emmerde le soir, ce qui débouche sur des cravings, d’où cette stratégie. J’ai moins de craving tôt le matin car il fait nuit, il n’y a personne (tout le monde dort), tout est fermé, pas de tentations donc.

Je me fais une raison, disons. J’ai bien des médicaments, mais si je ne gère pas correctement ma prescription, ça me retombe dessus, je suis à court de médocs avant la date de renouvellement de l’ordo. Donc je gère. Il y a une deuxième raison, c’est que je ne veux tout simplement pas me défoncer aux médocs. J’essaie d’assurer, et depuis plusieurs semaines ça fonctionne plutôt bien. J’ai même pu dépanner un ami, alors que je n’ai vraiment pas d’excès de médicaments. J’ai fait ça sur mes « économies », la marge de sécurité que je me suis fait pour affronter une journée en cas de soucis avec le CSAPA, ou d’un quelconque évènement qui vienne perturber la distribution des « cartes ». Je crois que tous les tox essaient d’en faire autant, la peur de manquer est bien ancrée en nous (Pavlov?) avec des expériences plus ou moins traumatisantes à la source.

On finit par devenir excessivement attentifs aux symptômes de sevrage volontaires ou non. On se connaît par cœur. Et c’est une source d’angoisse et de stress quand ça arrive. Imaginez une grosse grippe qu’aucun médicament n’arrange, et qui dure, qui dure… Et que seul ce qui a provoqué cette grippe peut améliorer, en quelques minutes. C’est une métaphore comme une autre. Rien ne peut décrire ce qu’on éprouve, c’est comme expliquer l’ivresse à quelqu’un qui n’a jamais bu, ou les couleurs à un aveugle de naissance. Frustrant. Passons.

Paco m’a dit un truc qui m’a marqué, en parlant de son double maléfique, celui qu’il devenait quand il était défoncé et qu’il accumulait les conneries : « je ne l’aime pas et il ne m’aime pas ».

Dans le genre Dr Jekyll et Mr Hyde il faisait fort, surtout avec l’alcool. Il n’a toujours pas digéré cette sensation de dédoublement, et je le comprend jusque dans mes tripes, puisque je parle digestion…

Moi non plus je ne l’aime pas ce Klodd, et il me le renvoie bien. Il est toujours présent dans ma vie, c’est contre lui que je lutte quand j’évite de prendre des benzo ou encore que je baisse la metha. Et lui, c’est moi, je ne peux l’ignorer. Je ne suis pas schizo, c’est juste la dépendance et ses mécanismes. Pas vraiment un dédoublement de la personnalité.

Je ne sais pas si je m’explique bien. Je crains fort que non, tant pis, ce sera pour une autre fois.