On m’a bien piqué pour me prendre ce qu’il m’a semblé être des litres de sang, en gros une douzaine de tubes, il n’y en avait pas tant que ça mais ça coulait lentement, ça a été long.. C’était une vraie pro, elle m’a eue du premier coup. C’est assez rare pour mériter d’être mentionné. Le médecin voulait savoir ce que je voulais en venant ici, comme je ne le sais pas moi-même, on risque d’avoir du mal à s’entendre. Déjà, si j’arrive à me faire entendre pour arrêter la meta, ce serait un formidable progrès. C’est la seule chose que j’ai mentionné, je suis sevré des benzo, reste à me préserver. Je suis prêt à rester deux mois si je peux arrêter la méta en douceur. Si je n’ai pas cette option validée par les médecins locaux, je ne sais pas quelle est ma place ici. Donc je partirais rapidement si je ne suis pas entendu. Je n’ai pas de temps à perdre.

Apparemment, il y a pas mal de sevrages en alcoologie. Des cancéreux aussi. Ils ont l’air de bouffer à tous les râteliers. Le médecin que j’ai vu (je vais l’appeler… Disons… Magoo. Le Dr Magoo à eu l’air passionné d’apprendre qu’il y avait un hôpital près de chez moi, avec éventuellement un service d’hôpital de jour. Selon lui, c’est la solution idéale. Mouais. Il en avait été brièvement question à l’hôpital psy, mais il n’est pas question que je retourne dans ce mouroir. Donc ce sera l’hosto local. Comme il y en a deux, ça laisse de la place pour l’identification.

Je pense que deux mois devraient suffire pour la metha. Physiquement en tous cas.

Je suis déjà suivi par le CSAPA, service lui-même dépendant de l’hôpital. Ce serait bluffant qu’ils m’orientent vers là d’où je viens. Très conforme à l’administration. Ca me rappelle les « douzes travaux d’Asterix », il y en a un ou Asterix affronte l’administration, décrite comme absurde et propre à rendre fou quiconque s’y frotte.

J’ai eu droit à une IRM, que d’attente… Je fais des SMS à Nath, elle ne m’a pas répondu pour l’instant, je ne sais pas dans quel état elle est en fait.

C’est encore tout récent qu’elle a émergé, et qu’elle n’est plus intubée, qu’elle peut donc parler. Je ne suis pas bavard, mais j’ai trouvé ça très frustrant de ne plus pouvoir parler alors qu’on est intubé.

Ca m’a fait bizarre, presque choquant, de lire mon « cursus » sur la page de description du patient. De mémoire (ce qu’il en reste…), tabac, alcool, héroïne, codéine, methadone, subutex, benzodiazépine, cannabis et j’en ai oublié, comme les amphés, LSD et autre joyeuseté. Comme une claque en plein visage.

Comme une accusation plutôt.

Entre les deux, disons.

C’était tourné de telle façon que ça semblait être mon quotidien. Alors que tout ça, à part la metha, est passé parfois depuis fort longtemps. Quand je leur signale que j’ai plus de tension qu’à mon habitude, ils me répondent que c’est normal, c’est le sevrage. Je ne sais de quoi ils s’imaginent que je me sèvrent, à la rigueur des benzo, pour la metha ça n’a pas bougé d’un iota (pour le moment) quand au reste c’est déjà fait depuis longtemps. Il va falloir que je remette les pieds dans le plat, pour signaler aux médecins que je veux stopper la metha.

J’ai le sentiment de ne cadrer avec aucune de leurs petites cases, du coup ils me mettent dans une case carrée destinée à une forme arrondie et forcent au lieu d’arrondir les angles. Je ne sais pas si vous voyez le topo. Je m’explique comme un manche.

Je vais donc baisser la metha, si ça se passe bien je tenterais l’arrêt complet, je ne vois pas ce que je peux faire d’autre. Ca dépendra du protocole qu’ils veulent appliquer, je ne referais pas l’erreur que j’ai fait en 2003 à vouloir aller trop vite. A ma décharge, j’ai voulu aller trop vite et tout arrêter en même temps du fait des médecins. Alcool, métha, canna et médoc, ça faisait beaucoup, le tout en deux mois. J’aurais peut-être tenu le coup sur un produit, pas sur 4, et encore… Pourtant, j’avais un mental d’acier. Ce ne sont que des suppositions. La vie s’est chargée de me rappeler à l’ordre.

Tant que la question de l’alcool n’était pas réglée, tout le reste était au mieux bancal. Je me sens plus solide de ce point de vue aujourd’hui. Mais les opiacés, ça c’est un sacré challenge. Depuis que j’ai 16 ans, je n’ai fait que de brèves pauses, donc ces trente dernières années, je n’ai pas arrêté plus de trois mois, à deux reprises. Pas génial…

Pour moduler un peu, il y a eu de longues périodes pendant lesquelles c’était « géré » par une délivrance par le corps médical, sans grosses défonces. Mais il y avait toujours quelques grains de sable qui se mettaient dans les rouages de la machine et bloquaient tout. En pratique, un produit remplaçait l’autre, et en toile de fond, c’est à dire tout le temps, il y avait l’alcool, le tabac et les opiacés. J’ai arrêté l’alcool, remplacé le tabac par l’e-cig, restent les opiacés. Ce qui me laisse assez fragile la majorité du temps. Je pourrais me mettre à la coke ou au crack, mais je n’ai (presque) aucune expérience et/ou fragilité de ce point de vue. C’est juste un terrain glissant à surveiller en tant que dépendant. A force de vouloir tout surveiller et se méfier de tout, c’est usant. C’est un mode de fonctionnement habituel chez moi, de vouloir se méfier de tous les produits potentiellement dangereux en tant qu’addict.

J’ai eu une sorte de révélation (n’exagérons rien…) cette nuit, le danger pourrait provenir tout bêtement de l’alcool. Ou c’est mon inconscient qui me joue des tours.

C’est fou comme je peux dormir, douze heures la nuit plus une sieste de une ou deux heures. J’ai mal partout le matin, à cause du matelas. Il faut dire qu’il n’y a pas grand-chose d’autre à faire. Je suis bien content d’avoir cette capacité à me réfugier dans le sommeil, ça m’occupe.